
Est-ce que vous ne trouvez pas
Que la paix a vraiment un goût ?
Comme le pain ou comme une pomme,
Ou le premier bourgeon
Que la joie nous fait mordiller,
Alors que le ciel commence
A se mettre dans les hauteurs
Et qu'on peut offrir à l'air
Déjà plus que le visage.
Elle a le goût des heures
Qu'on voudrait arrêter.
Elle a aussi le goût des choses
Qu'on n'est pas sûr d'avoir tout près, le lendemain,
Pour y goûter très fort.
Un goût timide encore
Comme au petit matin lorsque la cheminée
Voit les toits d'à côté reprendre sa fumée.
Le goût qu'on trouve à la lumière
Quand on regarde le rameau du noisetier,
Le bec de l'oisillon, les doigts du nouveau-né
Et ces choses qu'ici
Chacun de vous peut ajouter.
Mais la paix peut bientôt
Avec son goût de pleine paix.
Et nous rêvons.
C'est un large fleuve et nous y sommes
Comme cet air autour de nous.
C'est un fleuve à jamais
Il ne s'arrêtera.
L'étendue elle-même
Se fait amie et sa caresse n'a pas d'égale
Nous rêvons.
Nous voyons une fleur
Avec des lacs dans ses replis.
Et quand tombent ses pétales
Toujours elle se refait.
Guillevic, Terre à bonheur